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Tunisie : enfin un accord pour la formation d’un gouvernement

Le Premier ministre, Ali Larayedh, a annoncé une des premières bonnes nouvelles en Tunisie depuis longtemps : la formation d’un gouvernement de consensus est sur le point d’aboutir après plus de huit mois de crise politique.

Ali Larayedh a annoncé, dans la nuit de jeudi à vendredi, avoir réussi la première partie de sa mission pour la Tunisie : obtenir un accord avec des partis sur la formation d’un gouvernement, dont l’annonce devait être faite ce vendredi.

« Après des négociations marathon, nous avons abouti à un accord sur un gouvernement, sur les aspects d’un programme politique qui détermine les principes, les priorités, les politiques et les engagements de ce gouvernement », s’est réjoui le ministre sortant de l’Intérieur, depuis la présidence. « On va apporter la touche finale demain (vendredi) matin pour présenter un dossier complet au président » Moncef Marzouki, a-t-il ajouté.

Les négociations dans la dernière ligne droite semblaient cependant très tendues. Quelques heures plus tôt dans l’après-midi. La présidence avait indiqué que Larayedh allait rendre publique dès jeudi la composition de son gouvernement, et avait même convoqué la presse. Pour rien, au final. Quant aux trois formations politiques approchées pour entrer dans le gouvernement, elles ont annoncé leur retrait des pourparlers après deux semaines de tergiversations.

On reprend les mêmes et on recommence :

Le nouveau gouvernement ne devrait pas reposer sur une coalition très élargie. Seule la coalition sortante – Ennahdha et ses alliés laïques, le Congrès pour la république (CPR) du président Marzouki et Ettakatol – ont participé aux négociations de jeudi.

Des indépendants devraient cependant figurer à des postes-clés, Ennahda ayant accepté fin février de confier les ministères régaliens (Intérieur, Justice, Affaires étrangères, Défense) à des personnalités apolitiques.

Il n’empêche : le scénario d’un maintien de la majorité sortante a été vivement critiqué par certains acteurs politiques dès jeudi après-midi. « Il faut que M. Larayedh dise au peuple tunisien qu’il n’a pas réussi à élargir l’alliance, à réaliser un vrai consensus et il doit démissionner », a notamment estimé Mahmoud Baroudi, représentant de l’Alliance démocratique, l’une des formations politiques à avoir quitté les pourparlers.

Autre question importante en Tunisie : la place que le nouvel exécutif réservera à la gent féminine. En ce 8 mars, Journée internationale des femmes, la question sera étudiée à la loupe par les commentateurs du monde entier. Une fois présenté au président, le gouvernement doit dans les trois jours être investi par l’Assemblée nationale constituante.

ali laarayedh

Qui est Ali Larayedh ?

Prisonnier torturé sous le régime tunisien déchu de Ben Ali, puis ministre de l’Intérieur après la révolution de 2011, Ali Larayedh, en passe de devenir Premier ministre, est considéré comme un homme de dialogue appartenant au courant modéré de son parti Ennahda. Cet ingénieur de la marine marchande a été arrêté la première fois en 1987 et condamné à mort, quelques mois avant que Zine El Abidine Ben Ali ne renverse Habib Bourguiba, le père de l’indépendance tunisienne et gracie les islamistes menacés d’exécution.

Mais dès 1990, il est arrêté de nouveau, puis condamné en 1992 à 15 ans de prison, dont 13 à l’isolement. Alors que la répression contre les islamistes bat son plein, il subit pressions et tortures comme nombre de ses camarades d’Ennahda. Cependant, en octobre 2011, dans la foulée de la révolution de l’hiver précédent, les premières élections libres de l’histoire de la Tunisie voient son parti triompher. Et deux mois plus tard, cet homme moustachu au visage émacié encadré de lunettes devient ministre de l’Intérieur, à la tête des services dont dépendaient ses bourreaux.

Le bilan de ses 14 mois à l’Intérieur est cependant mitigé, marqué par des accusations régulières laxisme face à l’essor d’une mouvance salafiste violente.

M. Larayedh a ainsi été très critiqué pour n’avoir déployé qu’un dispositif de sécurité minimal autour de l’ambassade des Etats-Unis le 14 septembre 2012, alors que les islamistes radicaux appelaient à manifester devant le bâtiment.

Les forces de l’ordre ont été rapidement débordées par les manifestants qui ont pu pénétrer dans l’enceinte et incendier son parking ainsi que l’école américaine voisine. Finalement, quatre assaillants ont été tués par les policiers.

Mais Ali Larayedh est aussi la bête noire des salafistes, et a ainsi été mainte fois la cible des attaques d’Abou Iyadh, un chef jihadiste considéré comme l’organisateur de l’attaque contre l’ambassade.

Accouchement difficile du gouvernement tunisien d’Ali Larayedh. Le nouveau né reste dans la lignée du précédent exécutif, sauf pour les ministères de souveraineté devenus indépendants.

Il a fallu qu’Ennahdha parti au pouvoir se rende à l’évidence. Pour sortir la Tunisie d’une impasse politique et d’une crise socio économique sans précédent, elle devait accepter un nouveau gouvernement, suggéré et soutenu par l’ancien chef du gouvernement Hamadi Jebali depuis juillet 2012. Aujourd’hui, c’est chose faite. Ali Larayedh, successeur de Jebali et ancien ministre de l’Intérieur, a bouclé son tour de table sans avoir élargi le nouvel exécutif à d’autres familles politiques que celles de la troïka préalablement en place.

Le noyau dur de cette alliance entre Ennahdha, le Congrès pour la république (CPR) et Ettakatol est donc toujours présent pour gérer les affaires de l’État. Le remaniement porte sur la moitié du gouvernement et est marqué par l’arrivée de nombreux indépendants tandis que certains ministères, comme celui de l’Environnement, deviennent des secrétariats d’État. Cette composition non élargie signifie beaucoup. Ennahdha, au fur et à mesure de négociations marathon qui ont duré 15 jours, a concédé peu de choses si ce n’est l’indépendance des ministères régaliens.Les revendications portant sur la dissolution des ligues de protection de la révolution, la révision des nominations effectuées depuis les élections du 23 octobre 2011, ainsi que sur la fin de la mission du nouvel exécutif au 31 décembre, n’ont pas abouti. Ainsi, les ministères régaliens échoient comme prévu à des indépendants dont trois magistrats : Lotfi Ben Jeddou, procureur dela République à Kasserine, à l’Intérieur ; Rachid Sabbagh, ancien président du Conseil supérieur islamique, à la Défense ; Leïla Bahria, juge, Secrétaire d’État aux Affaires étrangères. Le ministre Othman Jerandi est quant à lui un ancien diplomate de carrière et le ministère de la Justice sera dirigé par un juriste, Noureddine Ben Ammou. Industrie, Enseignement, Santé, Culture, Sport, Équipement et Justice transitionnelle sont des portefeuilles toujours détenus par les mêmes formations

Les revendications portant sur la dissolution des ligues de protection de la révolution, la révision des nominations effectuées depuis les élections du 23 octobre 2011, ainsi que sur la fin de la mission du nouvel exécutif au 31 décembre, n’ont pas abouti. Ainsi, les ministères régaliens échoient comme prévu à des indépendants dont trois magistrats : Lotfi Ben Jeddou, procureur de la République à Kasserine, à l’Intérieur ; Rachid Sabbagh, ancien président du Conseil supérieur islamique, à la Défense ; Leïla Bahria, juge, Secrétaire d’État aux Affaires étrangères. Le ministre Othman Jerandi est quant à lui un ancien diplomate de carrière et le ministère de la Justice sera dirigé par un juriste, Noureddine Ben Ammou. Industrie, Enseignement, Santé, Culture, Sport, Équipement et Justice transitionnelle sont des portefeuilles toujours détenus par les mêmes formations

Changements de chaises , mais pas de têtes:

Toutefois, ce n’est pas tant la composition de cette équipe ou la distibution entre les différents partis qui est essentielle, mais la feuille de route qui sera adoptée et les relations avec la classe politique et la société civile qui en résulteront. Des proches du chef du gouvernement affirment que les priorités sont très proches de celles fixées par les principaux partis lors de la consultation qu’avait menée Hamadi Jebali avant que son initiative d’un gouvernement de technocrates ne soit déboutée par Ennahdha – avec comme conséquence sa démission, le 21 février. D’autres estiment que le nouvel exécutif adoptera la même ligne que le précédent, puisque les portefeuilles sont attribués aux mêmes personnes – dont le bilan négatif avait entraîné une crise gouvernementale

D’emblée , la tâche de l’équipe Larayedh ne sera donc pas facile. D’autant que les augmentations du prix des carburants accentuent la colère  sociale et que d’importants mouvements de grève sont annoncés. « Ils ont tourné en rond pendant des mois pour finir par nous offrir un savant jeu de changements de rôles où on ne prend pas tout à fait les mêmes mais où on recommence », assène un médecin de la santé publique en colère pour ses conditions. Tout aussi désillusionné, le constitutionnaliste Ghazi Grairi déclare quant à lui « qu’il n’y a pas de quoi pavoiser ! »

Composition du nouveau gouvernement tunisien :

  •  Lotfi Ben Jeddou, procureur de la République à Kasserine, à l’Intérieur
  •  Othman Al Jarandi, journaliste de formation et diplomate de carrière aux Affaires étrangères
  • Rachid Sebbagh, magistrat, à la Défense et Conseil supérieur islamique
  • Abdelwaheb Maatar, ancien ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle au commerce
  •  Jamel Gamra, ancien Président Directeur Général de la Compagnie tunisienne de navigation (CTN) au Tourisme
  • Salem Labiadh, sociologue et militant d’Ennahdha au ministère de l’Éducation
  • Noureddine B’hiri, ministre chargé des Affaires politiques auprès du chef du couvernement

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